Brésil: Rio célèbre le Carnaval sans son Maire

Brésil: Rio célèbre le Carnaval sans son Maire

AA/Rio de Janeiro/Kakie Roubaud

Le Carnaval de Rio est officiellement ouvert depuis vendredi soir. Mais cette année, le coeur n’y est pas. Violence, crise économique, crise politique et des relents de conservatisme porté par les églises évangéliques ternissent la plus grande fête du monde…

A Rio de Janeiro, 6 millions de fêtards sont attendus cette année et 4 millions à Sao Paulo qui a elle aussi ses écoles de samba et ses fanfares de rue. La plus grande fête du monde devrait attirer cette année, dans tout le pays, plus de 11 millions de touristes dont 400 000 étrangers, estime le Ministère du Tourisme.

La Confédération du Commerce parie elle sur 7 milliards de réaux injectés dans l’économie locale, 2 milliards d’USD. Pourtant cette année, quelque chose s’est brisée …

Le contexte politique est à la haine, l’économie quoiqu’en disent les statistiques gouvernementales, est en crise et la violence redouble.

A Rio, on compte chaque jour 15 échanges de coups de feu, 7 morts, 210 attaques à main armée et 10 «arrastoes», ces rackets surprises organisés par des bandes sur la plage, dans la rue, le bus.

Toutes les 24 h on annonce la mort d’un policier... ou d’un enfant par balles perdues dans les favelas.

Vendredi, le maire évangélique Marcello Crivello a été conspué par la foule aux cris de «Va te faire f… !» alors qu’il remontait l’avenue des traditionnelles écoles de samba, avec son équipe.

Comme l’an dernier, il n’a pas remis personnellement les clefs de la ville au Roi Momo, symbole du Carnaval, déléguant cette tache au secrétaire de Tourisme.

Comme l’an dernier, il a quitté la ville, délaissant le Carnaval et ses administrés. Et il s’est envolé pour l’Europe, l’Allemagne et l’Autriche «à la recherche des technologies de sécurité dont la ville a besoin». L’an dernier, il était parti en Afrique du Sud où il séjourna pendant 10 ans dans sa jeunesse, évangélisant les foules.

Les prix de bus, non contrôlés, ont fait le yoyo toute la semaine poussant les Cariocas- habitants de Rio- à remettre leurs sorties à plus tard.

La Mairie a divisé par deux les subventions aux écoles de samba et c’est le groupe américain de technologie et transports privés Uber, qui, par un jeu de défiscalisation a donné les 2 millions d’USD nécessaires pour que les 13 écoles du Groupe Spécial bouclent leur budget.

Heureusement, il n’y a pas Un seul Carnaval au Brésil mais des centaines, autant que de villes brésiliennes, chacune avec ses traditions propres.

Si à Rio on danse au rythme frénétique de la Samba ou plus compassé des Marchinhas, une version carnavalesque des marches militaires, à 3000 km au nord, à Recife, on sautille sur les accords chaud bouillant du Frevo, un petit parapluie de couleur à la main, tandis qu’à Salvador de Bahia, on se bouscule au pied des camions de Axé, véritables scènes ambulantes qui trimballent des chanteurs remontés à bloc.

D’ailleurs, même à Rio, les Ecoles de Samba ne font pas à elles toutes seules, le Carnaval. Loin de là ! Tandis que 120 écoles, défilent pendant plusieurs nuits consécutives en un gigantesque opéra nocturne sur des avenues bordées de gradins et remplies de spectateurs, des fanfares de trompettes, saxophones et percussions prennent d’assaut pendant la journée, les places, les plages, les ruelles entrainant dans leur sillage une jeunesse déguisée d’un chapeau, d’un maillot de bain et beaucoup de «glitter».

Cette année 430 fanfares ou «blocos» ont demandé leur autorisation à la ville. Dans le quartier haut perché de Santa Teresa, les Carmelitas ont jeté sur les pentes des hordes joyeuses de bonnes sœurs.

Dans le Centro, la Bola Preta (Boule Noire) qui fêtait ses 100 ans cette année, a entrainé 1 million de fêtards dans une déferlante de points noirs sur fond blanc. Le Boi Tolo (le Boeuf Fou) part lui de plusieurs lieux pour converger en un seul cortège sur la voie express de Flamengo, fermée comme les autres à la circulation.

Certaines fanfares sont stationnaires comme le Boitata de la Praça XV. Pour d’autres, la fête a commencé sur un ferry.

Cette année, 20 000 personnes ont traversé la baie de Guanabara en bateau pour défiler à Paqueta, une île de 5 000 habitants à 30 kilomètres de Rio.

Certains avaient fait 4 h de file, en plein soleil, pour avoir la joie de suivre la Perola da Guanabara, la fanfare qui a gagné l’étendard du meilleur «Bloco» en 2017. Ceux qui sont bien organisés peuvent danser et sauter derrière trois fanfares en une seule journée.

Les jeunes des lointains quartiers de périphérie ne sont pas en reste avec les Clovis Bate-Bola, inspirés du Moyen-Age.

Rio est une métropole tentaculaire de 12 millions d’habitants et certains habitants vivent à 70 km du centre ville. C’est par la gare Central do Brasil qu’ils arrivent en ville, après plusieurs heures de train, inondant le centre-ville de leurs vêtements bouffants et fluorescents et tapant les trottoirs de leur ballon de baudruche, pour effrayer les braves gens..

Eux aussi ont leur championnat sur la Cinelandia, la place principale de Rio.

D’autres font la fête au coin de la rue, à grand renfort de brochettes et de boissons.

Toutes les banques et administrations ferment pendant 6 jours. Les grincheux qui ne sortent pas, ont fait des provisions pour la semaine. Sur leurs écrans de télé et dans la fraicheur des chambres climatisées, ils regarderont les défilés des Ecoles de Samba.

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