Bulgarie: La vie des migrants n’est pas un fleuve tranquille

Bulgarie: La vie des migrants n’est pas un fleuve tranquille

AA/Tunis/Rached Cherif

Alors que la Bulgarie accueillait le 26 mars le sommet des chefs d’États européens avec la migration comme thème majeur, le réseau EuroMed Droits avait tenu de son côté à Sofia, le 23 mars, une rencontre sur la situation délicate des migrants dans ce pays situé à la périphérie de l’Union européenne.

La Bulgarie assure depuis janvier la présidence tournante de l’Union européenne. Avec 260 kilomètres de frontière terrestre avec la Turquie, le pays est en première ligne sur la route des demandeurs d’asile fuyant un Moyen-Orient en guerre avec l’espoir de gagner l’Europe. Mais, la Bulgarie n’est qu’une étape pour la quasi-totalité des migrants qui en franchissent la frontière.

Pourtant, « la question migratoire est avant tout traitée comme une question sécuritaire par les autorités bulgares », regrette Yana Dodnikova du bureau de Sofia du Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations-Unies (HCR).

Devant un parterre de journalistes bulgares et de représentants d’associations venues de tout le pourtour méditerranéen, l’experte dépeint la situation peu enviable des demandeurs d’asile, et plus largement des migrants, dans ce pays.

La vision des étrangers comme étant des menaces potentielles conduit notamment à des refoulements sauvages par la police aux frontières, une pratique illégale au regard du droit européen et du droit international, rappelle Mme Dodnikova.

Les autorités peuvent compter sur le soutien d’une partie de l’opinion publique, hostile à l’accueil des étrangers. Peu de moyens sont alloués aux infrastructures et services d’accueil d’urgence. Selon un sondage de 2017, 60 % des Bulgares disent avoir peur que des migrants commettent des crimes. Ils sont aussi une majorité à considérer que l’intégration des réfugiés est impossible et que des migrants en situation irrégulière doivent être maintenus en détention.

« L’opinion bulgare est due au traitement médiatique largement négatif de la question migratoire », résume l’experte du HCR. Un traitement en ligne avec la politique du gouvernement : une coalition dans laquelle « l’extrême droite a obtenu les ministères clés de l’Intérieur et de la Défense », explique Radostina Pavlova, juriste au sein de Voice of Bulgaria, une ONG apportant une assistance juridique aux migrants.

Son organisation intervient aux frontières, dans les zones d’attente et les centres de rétention pour prodiguer un appui juridique à ceux qui y sont retenus : information sur les droits des étrangers, constitution des dossiers de demande d’asile, défense des cas devant les différentes juridictions et orientation vers les structures d’aide et d’hébergement.

Des milices de chasseurs de migrants

Selon l’activiste, la Bulgarie est de plus en plus hostile, voire dangereuse pour les étrangers en raison du « discours de haine ambiant ». À la frontière, des « milices armées composées de militants nationalistes prêtent main-forte à la police pour intercepter les migrants », explique-t-elle. Ces groupes agissent sans se cacher et comptent d’ailleurs sur le soutien de « plusieurs célébrités, qui s’affichent à leurs côtés », ajoute-t-elle.

Ces milices diffusent même des vidéos, parfois très violentes, de leurs actions sur les réseaux sociaux. Sur certaines, « on voit des gens pris, frappés et ligotés » par les activistes. Mais, lorsque des plaintes sont déposées, « les suspects sont relâchés pour faute de preuve », s’indigne Mme Pavlova. D’ailleurs, « dans la plupart des cas, les migrants ne portent pas plainte, en raison de leur situation irrégulière et de leur méconnaissance de la langue ».

Parfois, la police accepte d’ouvrir une enquête, comme dans le cas des deux Érythréens lynchés par des hommes en cagoule mi-mars dans le centre de la capitale. Voice of Bulgaria a rapidement apporté son soutien juridique aux victimes qui ont accepté de porter plainte, mais la police refuse de qualifier cette attaque comme un crime xénophobe.

Dans ce contexte difficile, la société civile fait de son mieux. À l’instar de Voice of Bulgaria, plusieurs petites ONG sont apparues ces dernières années pour aider les étrangers. Mais, avec peu de moyens et sans financement public, elles reposent principalement sur l’engagement de bénévoles, d’étudiants en droit et d’avocats militants.

Ces organismes tentent de pallier les défaillances de l’État bulgare en matière d’accueil, y compris pour les demandeurs d’asile « dublinés ». Il s’agit de personnes renvoyées en Bulgarie depuis d’autres pays européens, en vertu du règlement dit de Dublin.

Ce texte stipule en effet qu’une personne doit déposer sa demande d’asile dans le premier pays européen où elle a été enregistrée, donc le plus souvent l’Italie, la Grèce et dans une moindre mesure la Bulgarie, pays par lesquels entrent la majorité des migrants.

Une fois ramenés en Bulgarie, ces demandeurs d’asile relèvent de la responsabilité des autorités. Or, celles-ci rechignent à allouer les fonds nécessaires à un accueil décent. « Il manque souvent des interprètes pour enregistrer les demandes d’asile, et les conditions de vie dans les centres sont déplorables », se désole le HCR.

L’agence onusienne a toutefois récemment obtenu une petite victoire : un amendement prévoit que les mineurs ne soient plus enfermés avec les adultes dans les centres de rétention, une pratique régulière jusque-là.

YORUMLARI GÖR ( 0 )
Okuyucu Yorumları 0 yorum
Diğer Haberler