Dans l'Est de la RDC, on oublie les conflits, le temps d'un festival

« Danser pour changer, chanter pour la paix », fut le slogan de la cinquième édition du festival « Amani » (paix) qui célèbre et promeut la paix dans la sous-région des Grands Lacs

AA/Goma (Est de la RDC)/Joseph Tsongo

La cinquième édition du festival « Amani » (paix), qui célèbre et promeut la paix dans la sous-région des Grands Lacs, s’est achevée dimanche dans la ville de Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Ici, le ballet interculturel a fait mieux que les discours des politiciens pour favoriser la réconciliation entre les groupes et les peuples longtemps opposés.

« J’ai été agréablement surpris de circuler à Goma sans être inquiété…contrairement à ce que j’avais en tête en quittant chez moi au Rwanda » a confié Christian Rugina, citoyen Rwandais, rencontré par Anadolu en marge du festival.

« L’artiste musicien congolais Ferre-Gola m’a convaincu sur scène, et a même eu droit à mes applaudissements » a-t-il lancé dans un rire.

Pourtant, c’est non sans craintes que Rugina a assisté au Festival Amani: « Je pensais que la vie s’était arrêtée ici, avec toutes ces années de guerres » s’étonne-t-il, témoignant que la musique a donné des preuves de ses vertus thérapeutiques pour panser les plaies d’années des conflits et des guerres intercommunautaires.

Finalement, le festival s’est déroulée sans aucun débordement, dans l’enceinte du collège Mwanga, lieu prévu pour cette cinquième édition du festival « Amani » (paix en Kiswahili local).

Artistes locaux, et régionaux venus de la RDC, du Rwanda et du Congo-Brazzaville, mais aussi deux grandes stars de renommée internationale ont agrémenté les trois jours dédiés à ce festival dit de paix : Ferré Gola, acteur majeur de la musique « rumba congolaise » et José Chameléone, le géant de la musique Ougandaise ont provoqué des éclats de joie.

A travers la musique congolaise, en passant par le reggae, le zouk et la musique traditionnelle locale mixée aux influences traditionnelles ougandaises, les artistes ont ravi le public. Et pour tous, « Amani » était le seul refrain.

« Pendant ces trois jours qu’a duré le festival, nous avons oublié nos différends…C’était transportant ! » relève un jeune de la ville, albinos.

« Grâce à ce festival, j’ai pu exprimer ma joie dans un espace où les gens sont pourtant réputés hostiles aux albinos comme moi », a-t-il confié à Anadolu.

Kanyere Lwanzo, elle, a pu faire fonctionner son commerce. Ce vendeur de colliers et bracelets « made in Goma », a pu aisément écouler sa marchandise, « tout en profitant, comme les autres, du festival ».

Un rendez-vous culturel bénéfique à tous

Pour beaucoup, le festival Amani, organisé annuellement depuis 2014, est un à la fois un cadre pour promouvoir la paix, une opportunité d’affaires et un lieu de divertissement pour l’ensemble des citoyens.

« C’est l’unique évènement culturel qui s’organise et qui rassemblent des milliers de gens de toute tendance dans la région » indique Franck Kaky, l’un des bénévoles du festival.

« Les gens sortent de leur cachette, le climat de défiance s’efface pour laisser place à la musique et à la danse. Et puis, supporter la chaleur de l’autre, c’est aussi un comportement de paix ! », ironise-t-il, parlant d’au moins 30 mille « festivaliers ».

Au-delà de l’aspect festif, ce festival est encore une bonne affaire pour ceux qui savent en profiter, renvoi Michael Batakunda, analyste socio-économique joint par Anadolu.

Pour lui, des maisons de télécommunications ont profité des dividendes de cet évènement en vendant des billets par messagerie téléphonique. Hôteliers, transporteurs et restaurateurs locaux se sont eux aussi frotter les mains, de même que les entrepreneurs et les vendeurs de produits locaux.

« C’est par l’esprit des hommes que naissent les guerres et les conflits et c’est donc par là où il faut commencer la prévention » avait commenté Madia Esther, ministre national des cultures et des arts, vendredi, à l’ouverture du festival.

S’exprimant devant la presse, la ministre avait rappelé que le gouvernement congolais soutiennait l’organisation du festival Amani et aidera à l’organiser dans d’autres régions meurtries du pays parce que, selon elle: « la culture est un élément important d’expression et de mobilisation » avait-elle ajouté, appelant les « jeunes gens à en tirer profit ».
La ville de Goma est capitale de la province du Nord-Kivu, frontalière au Rwanda et l’Ouganda, deux pays qui ont alimenté des conflits armés dans cette région durant la deuxième guerre du Congo (1998-2003).

Cette province comme l’ensemble de l’Est de la RDC est le théâtre, depuis une vingtaine d’années, d'exactions et de violences, perpétrées par plusieurs groupes armés locaux et deux rebellions étrangères.

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