Est de la RDC : Radios communautaires, quels moyens pour quelle mission ?

Présentés généralement comme des médias de proximité, elles se sont multipliées ces derniers temps dans la province du Nord-Kivu.

AA/ Goma / Joseph Tsongo

Souvent appréciées des populations, les radios dites communautaires ou associatives sont principalement indispensables aux habitants de campagnes de l'Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Pauvres pourtant, elles forment, divertissent et informent les moins instruits et les plus discriminés sur leurs droits, la politique, les malversations, etc.

Mais ces radios communautaires manquent cruellement de moyens et doivent compter sur l’appui des partenaires extérieurs pour fonctionner.

Houe sur l’épaule et un poste récepteur de radio à la main, Thierry Kamena, la trentaine, est en route vers son champ. Comme d’autres agriculteurs de la région, il est tous les jours à l’écoute.

«Nous participons aux émissions en direct et donnons nos points de vue», révèle le jeune Twa, appartenant à la communauté pygmée, un groupe ethnique socialement défavorisé dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Contrairement aux radios commerciales et privées, les radios communautaires sont, en effet, les plus écoutées parce qu’elles contribuent à la paix et au développement social des communautés locales.

La radio communautaire Ushirika (communion) dite «Racou-Fm» est, par illustration, très suivie dans le territoire de Rutshuru (Est de la RDC).

Créée depuis les années 2000, cette radio dénonce les exactions commises sur des gens qui n’ont généralement pas droit à la parole.

«Il y’a peu, un Pygmé ne pouvait pas partager le même plat de nourriture ou puiser de l’eau à la même source que des gens d’autres communautés ethniques… Mais la situation change progressivement, aujourd’hui, grâce au concours de la Racou-Fm qui propose des émissions sur la tolérance et la considération mutuelle», souligne Twa.

- Changer de comportement

Les radios communautaires diffusent également des émissions dénonçant notamment des coutumes oppressantes à l’égard des femmes.

Pendeki Jeanne-Marie suit avec attention l’émission «mama nguzo», diffusée sur les ondes de la radio rurale Kongo1.

«J’ai appris les droits de la femme grâce à la radio. L’émission mama nguzo (femme pilier) qui passe chaque samedi est la meilleure école pour cela», déclare-t-elle, affirmant même que son mari qui la battait après avoir pris un verre de trop, a changé de comportement.

«Je peux témoigner, aujourd’hui, que mon mari a guéri de son mal, grâce à la radio qui promeut la valeur de la femme et dénonce les hommes qui maltraitent leurs épouses».

Diversifiés, les programmes de ces médias locaux profitent à tous.

A Kiroche, les enfants améliorent leur français grâce à la radio communautaire de Masisi.

L’émission "La voix des enfants", diffusée chaque dimanche en français, leur donne la parole et leur apprend à mieux s’exprimer.

«Mes enfants écoutent régulièrement cette émission et répondent aux questions que pose l’animateur, ce qui améliore leur niveau de français», se félicite un parent.

Les petites radios sans moyens sont généralement implantées en milieu rural où des villageois, particulièrement analphabètes, n’ont pas d’autres moyens de s’informer.

Les radios communautaires, selon Kambale Kihundu sont également plus écoutées parce qu’elles diffusent essentiellement en langues locales.

«Comme nous sommes au service des citoyens ordinaires, la loi de proximité nous oblige à diffuser en Kiswahili, Kinande, Kihutu… Des langues pratiquées par plusieurs paysans qui ne comprennent pas le français», explique ainsi, le chef des programmes de la radio communautaire Kongo1 émettant à Kayna, territoire de Lubero.

Voulant être à l’écoute de tous, les radios communautaires abordent également des sujets politiques que les associations locales et les églises esquivent.

«Quand on dénonce, par exemple, que le service de renseignement est impliqué dans une malversation ça nous réjouit», indique un auditeur fidèle à la radio communautaire "La Vérité", émettant à la fréquence de modulation 99.0 Mhz.

Pour Fabien Nzila, le seul mal dont souffrent les radios communautaires, c'est qu’elles comptent essentiellement sur des petites contributions provenant des membres de la communauté, bénéficiaires de leurs services.

- Pauvres radios communautaires

Pour nombre d’elles, leur naissance a été une aventure. Certaines ont, en effet, commencé à émettre dans des petits studios de fortune, montés à partir des bâches ou dans des simples maisons en chaumes ou en tôles.

Tel qu’elles se définissent, renseigne kambale Kihundu, les radios communautaires et associatives ne visent aucun but lucratif.

«Nous sommes là pour la communauté mais nous ne gagnons presque rien», se plaint l’un des initiateurs de la radio communautaire Kongo1.

Les maigres recettes que les radios communautaires encaissent en diffusant des communiqués ou des publicités, sont très insuffisantes.

«Il faut payer le courant ou du carburant pour faire tourner les équipements sans compter les autres charges», explique kambale Kihundu.

Ainsi, explique-t-il, les journalistes gagnent leurs revenus par le coupage (argent de transport exigé lors d’un reportage) ou en saluant des gens assez fortunés dans leurs émissions, pour recevoir, en retour, une petite rétribution.

Astreintes à payer des taxes, les radios communautaires revendiquent assez souvent leur rôle d’utilité publique, notamment «informer, former, divertir et sensibiliser les citoyens».

Du coup, elles se sont regroupées au sein du collectif des radios communautaires du Nord-Kivu (Coracon en sigle).

«L’idée était d’être reconnus juridiquement et d’obtenir des exonérations», a fait savoir Vagheni Jack, coordonnateur de ce réseau.

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