Togo-Dialogue : "lueur d'espoir" ou "leurre" de politiques (Analyse)

Le pouvoir et l’opposition ne sont pas dans une logique de dialogue. (politologue)

AA/ Lomé/ Alphonse Logo

Le dialogue politique inter-togolais, dont le démarrage est prévu demain jeudi, se présente comme "une lueur d'espoir" aussi bien pour le peuple, la classe politique que pour les acteurs économiques.

Le pays patauge, en effet, depuis six mois dans une zone trouble avec d'importantes manifestations de masse initiées par l'opposition contre le régime en place dont elle exige le départ.

Cependant, si certains s'accrochent au dialogue comme la seule issue pour une sortie de crise avec le moins de dégâts, d'autres, tel le politologue Madi Djabakaté, trouvent que c'est du "leurre".

Madi Djabakaté estime, en effet, qu'il est difficile dans les circonstances actuelles de croire «en la bonne foi des parties appelées à dialoguer».

«Il est difficile de croire que de ce dialogue, sortira quelque chose de concret ou de potable», affirme-t-il à Anadolu.

E de justifier, il soutient que «les deux parties en discussion y vont avec une position totalement arrêtée, quitte à constater qu’on ne pourra pas obtenir ce qu’on veut des discussions et on se sépare le plus tôt possible».

En effet, lors de la dernière marche organisée par la coalition des 14 partis, Jean Pierre Fabre, chef de file de l’opposition togolaise a déclaré à Anadolu que «les discussions telles qu’elles se dérouleront au premier jour, détermineront si la coalition doit continuer par discuter avec le pouvoir de Faure Gnassingbé ou non».

Pour Jean Pierre Fabre «le peuple demande quelque chose, qu’il faudra obtenir lors de ces discussions, le retour à la constitution de 1992».

En plus, il a été clair : «Ces discussions ne ressembleront en rien aux précédentes discussions, surtout avec tout ce soutien que nous avons dans la rue».

C’est la preuve, selon M. Djabakaté que «l’opposition, après plusieurs dialogues sans succès y va avec méfiance mais juste pour démontrer sa bonne foi, et la mauvaise de l’autre lorsqu’elle claquera la porte».

Parallèlement, il détecte dans la stratégie du gouvernement aussi qu’il ne croit pas, non plus, au dialogue.

«Le gouvernement n’entend rien céder. Il est dans la logique de l’organisation du référendum», dit-il.

Pour preuve, Djabakaté cite les récentes déclarations de Gilbert Bawara, ministre et porte-parole du gouvernement dans les préparatifs de ce dialogue dans la presse locale.

«Il ne sera pas question ni de transition, ni de départ de Faure Gnassingbé au cours de ce dialogue. Il sera question seulement de voir les modifications à apporter à la Constitution pour ensuite la soumettre au vote du peuple», avait indiqué en fin de semaine dernière M. Bawara dans la presse locale.

En somme l’ambiance du prochain dialogue prête à confusion, selon le politologue togolais qui rappelle dans une définition académique, ce qu’il faut comprendre par «dialogue».

«Le dialogue c’est en fait une occasion de mettre sur la table des différends qui vous opposent, et de converger progressivement avec l’aide des partenaires vers un point d’entente commune, mais qui prend en compte les intérêts de la population et les enjeux auxquels le pays est confronté», a confié à Anadolu Madi Djabakaté.

Tout dialogue qui ne s’inscrit pas dans cette logique est voué à l’échec d’avance, a-t-il soutenu.

S’agissant de l’issue transitoire souhaitée par le front citoyen «Togo Debout», un collectif d’une vingtaine d’organisation de la société civile togolaise, Madi Diabakate pense que «cette solution sera difficile à obtenir vu que «dans l’opposition actuelle, il y a des ténors qui ont pris part à l’élection de Faure Gnassingbé en 2015, et ce mandat est toujours en cours».

A l’exemple du rôle de la société civile dans le cadre du processus électoral au Sénégal, où elle a pu avoir accès à la compilation et à la publication des résultats des élections, étape par étape, il suggère que la société civile togolaise s’organise à obtenir les mêmes avantages dans le cadre de ce dialogue en vue d’influencer positivement sur l’organisation des prochaines élections et créer l’alternance.

«Si c’est fait, la société civile pourra aider à obtenir un cadre électoral bien assaini aux prochaines élections, et aura accès et peut proclamer les résultats, bureau de vote par bureau de vote, dans les différentes zones», conseille-t-il.

Parce que, soutient-t-il, le problème togolais aujourd’hui, c’est la sincérité des processus électoraux.

Au lieu de chercher à faire dégager simplement les dirigeants actuels d’un côté, ou de tout faire pour rester de l’autre côté, Madi Diabakaté pense que «tous les acteurs gagneraient à prendre des dispositions dans le cadre de ce dialogue pour que les prochaines élections ne soient pas violentes et d’engager tout le pays dans la dynamique de la construction».

«Sinon, même si l’opposition arrive à faire dégager Faure Gnassingbé, celui qui viendra aura encore affaire a la rue», affirme Diabakaté.

Enfin, pour un dialogue réussi, il suggère que les débats ne se fassent pas seulement entre la coalition des 14 partis de l’opposition et le pouvoir, mais qu’on y associe, aussi, d’autres partis et l’armée.

«N’en déplaise aux uns et aux autres, l’armée togolaise tout comme la société civile doivent être associés, aussi, à la table des négociations. L’armée pour le rôle historique qu’elle a joué dans ce pays et la société civile parce que la crise actuelle est avant tout sociale», A-t-il soutenu.

Depuis le 19 août 2017, Faure Gnassingbé est sommé par l’opposition de quitter le pouvoir en organisant plusieurs journées de mobilisation anti Faure dans les rues du pays. Ce que n’entend pas d’une seule oreille le chef de l’Etat.

Les débats du dialogue sous la conduite du président Ghanéen Nana Addo Akufo seront rudes.

Mais seul le peuple togolais devrait sortir gagnant. Tout sera fonction du grand leadership du chef de l’état Ghanéen, médiateur désigné par la Cedeao dans la crise politique actuelle.

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